Lors de la Deuxième Guerre mondiale, les autorités de Vichy, antisémites, participent activement à l’arrestation et à la déportation de 75 000 juifs français vers les « camps de la mort », 2500 seulement survécurent ! Un certain nombre de juifs échappent à ce destin tragique grâce à des initiatives individuelles ou collectives, le plus souvent très risquées pour leurs auteurs…
Martin Gilbert, Historien britannique et spécialiste de la Shoah, apporte des témoignages d’aide aux juifs dans son ouvrage "Les justes, les héros méconnus de la Shoah", Londres, 2002. Les actions individuelles pour cacher des juifs ou les aider à franchir une frontière sont très variées et souvent spontanées comme l’attestent ces quelques exemples retenus :
- Germaine Le Henaff (directrice d'un orphelinat) :
Germaine Le Henaff cache des enfants juifs dans son orphelinat du Château de La Guette, près de Paris, en leur donnant des noms français. Ainsi personne ne sait qu'ils sont juifs, sauf elle.
- Albert Masse (paysan) :
Albert Masse, paysan pauvre, secourt le petit Karl Haussmann de 9 ans en le recueillant dans sa ferme en Ardèche. Cet enfant est le seul de sa famille à être sauvé, ses parents et son frère étant gazés à Auschwitz en Pologne.
- Juliette et Gaston Patoux (paysans) :
Dans le village de la Caillaudière, ce couple recueille une petite fille de 2 ans, Felice Zimmern, pendant 3 ans et demi alors que ses parents prennent la direction de Auschwitz. Elle considère ces paysans comme ses parents et ne sait même pas qu'elle est juive. Mais elle doit les quitter à la fin de la guerre pour aller dans un orphelinat juif avec son frère. Plus tard, elle demande à Juliette Patoux comment est-elle arrivée chez elle, Madame Patoux lui répond : « Oh, je ne sais pas. Quelqu’un est sorti du bois et m’a demandé si je voulais recueillir une petite fille juive, alors j’ai dit oui. ». Ceci n’était pas sans risque au point que Madame Patoux dormait toujours avec une combinaison, prête à prendre la fuite en cas d’arrivée des Allemands !
- Mère Maria Elizabeth Skobtsova (religieuse orthodoxe) et le père Klepinin :
Ces deux religieux ouvrent les portes de leur couvent aux juifs et leur donnent des faux papiers, faux certificats de baptême, ils leur offrent également des habits et de la nourriture. Mère Maria Elisabeth est arrêté le 8 février 1942 par la Gestapo et envoyée au KL de Ravensbrück où elle meurt d’épuisement le 31 mars 1945. Le père Klepinin est également déporté.
- La mère supérieure du couvent Bon-Pasteur, le Refuge, de Valence :
Après la mort de Alfred Dreyfus, symbole de l’injustice et de l’antisémitisme français à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, Lucie Dreyfus son épouse est accueillie par des soeurs et prend le nom de Mme Duteil afin de ne pas être identifiée . Seule la supérieure du Refuge connaît l'identité de Lucie . Lucie survit à la guerre.
- Un employé de la mairie de Poitiers (anonyme) :
La famille juive Hoffnung de Metz bénéficie de l’aide d’un employé de mairie de Poitiers qui lors de la remise de cartes d’identités n’inscrit pas « juifs ». Cet acte de résistance qui ne repose que sur l’oubli délibéré d’une inscription leur sauva le vie . Ils passent ainsi la ligne de démarcation entre la zone occupée et la zone libre !
- Pierre Berg, paysan et passeur Mosellan :
Les Historiens Jean-François Genet et Francis Petitdemange rapportent dans leur ouvrage "Les Passeurs, Des Lorrains anonymes dans la Résistance", Nancy, 2003 que Pierre Berg, en octobre 1940, réussit à franchir la frontière mosellane en direction de « la zone rouge » en compagnie d’un prisonnier de confession juive et évadé d’un camp en Allemagne. Il confie la conduite de son attelage à cet homme et passe ainsi de Sainte-Marie-aux-chênes à Saint-Ail, risquant de se faire arrêter par les douaniers !
Parallèlement à ces actions individuelles se mettent en place des filières, des réseaux d’aide aux juifs comme nous le rapporte Martin Gilbert (op.cit.) ou encore Les collections de l’Histoire, Ils ont résisté à Hitler, « Au nom de tous les Justes » p.84 par Annette Wieviorka, octobre 2007 :
- « L'Amitié chrétienne» et le « réseau Garel » :
« L’Amitié chrétienne » dirigée par le Cardinal Gerlier s'occupe d'aider des Juifs, des étrangers et réfugiés politiques allemands en leur trouvant des abris où ils peuvent échapper au régime de Vichy. L’organisation a un double fonctionnement : légal et clandestin. A partir de 1942, la déportation des juifs devient critique. L'«Amitié chrétienne» se charge lors de la « Nuit de Vénissieux » (fin août 1942) de libérer et de cacher 500 Juifs adultes et 108 Juifs enfants rassemblés alors au camp de Vénissieux en coopérant avec des organisations juives résistantes comme les « Eclaireurs israélites ». Cette nuit donna naissance au premier réseau clandestin français pour la protection des enfants Juifs : le « réseau Garel », Georges Garel coordonnant en partie l’évasion et le sauvetage. De nombreux juifs sont cachés dans les Cévennes ou au Chambon-sur-Lignon
.
- Le Chambon-sur-Lignon :
Un des meilleurs exemples est le village de Chambon-sur-Lignon et d'autres villages sur le plateau Vivarais-Lignon où vivent beaucoup de descendants de huguenots eux même persécutés et massacrés par les Rois de France. Beaucoup de juifs furent cachés, essentiellement des enfants. Tout le village ouvrit ses portes, trois mille cinq cents juifs furent accueillis pour un village qui ne comptait pas plus de trois mille personnes! Pour tous ces habitants la différence de religion ne changeait rien. Plusieurs foyers d'accueil étaient organisés sous le nom de différentes organisation chrétiennes telles que les institutions dépendantes du Secours Suisse. De nombreux enfants furent aussi placés dans des pensions, fermes isolées ou encore chez des particuliers. La nuit, loin des yeux des Allemands, les villageois emmenaient des petits groupes de juifs à la frontière Suisse. Un des enfants cachés, Pierre Sauvage, réalisa après la guerre un film Weapons of the Spirit sur les gens qui lui avaient sauvé la vie sur ce plateau.
Selon les travaux de Serge Klarsfeld, en France, la déportation contre les Juifs entre 1942 et 1944 touche massivement des enfants. Pendant ce laps de temps, 11 402 Juifs de moins de 17 ans, y compris des bébés, ont été envoyés vers les camps de concentration ou d’extermination. Seuls 300 enfants y survécurent ! Ces chiffres montrent l'importance des sauveurs qui cachaient des jeunes Juifs. En 1953, Israël a mis en place la loi qui a fondé l’institut Yad Vashem. Il est voué à la commémoration des héros qualifiés de « Justes parmi les Nations », ceux venus en aide aux Juifs durant le dernier conflit mondial. Le titre de « Justes parmi les Nations » peut être attribué à des personnes comme Monsieur et Madame Patoux, des villages comme le Chambon-sur-Lignon ou des organisations. Reçoivent le titre de « Justes » ceux qui ont aidé des juifs persécutés et pourchassés, sans contrepartie et en ayant conscience des risques encourus durant la Deuxième Guerre mondiale. Les « Justes » reconnus sont récompensés d’un diplôme et d’une médaille à leur nom gravé d’une inscription : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers entier ». Au début, étaient plantés des arbres à leurs noms dans les jardins des justes à Yad Vashem mais le nombre de juste à tellement augmenté que le jardin est désormais saturé. Ainsi, en 2007, sont recensés dans le monde 21758 hommes et femmes « Justes » dont 2740 en Français. En France, chaque 16 juillet, les « Justes » sont honorés par la République française à l’image de ceux qui ont permis à de nombreux juifs de ne pas être arrêtés lors de la rafle du Vel d’Hiv les 16 et 17 juillet 1942 à Paris. En effet, lors de cet événement tragique, 12 844 juifs furent arrêtés alors que la Gestapo nazie en espérait 30 000 !!! L’action de « Justes » fut donc déterminante.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire