mercredi 26 mars 2008
Sources
Bibliographie:
-"Les passeurs" (Des Lorrains anonymes dans la résistance), Francis Petitdemange et Jean-François Genet, 2002, Editions de l'Est.
-"Les Justes" (Les héros méconnus de la Shoa), Martin Gilbert, 2004, Calmann-Lévy.
-"La France des années noires", J-P. Azéma et F.Bedarida [dir.], 1993, Le Seuil.
-"La France pendant la Seconde Guerre mondiale", Y. Durand, 1993, Armand Colin
-"La Lettre de la Fondation de la Résistance", n°51, décembre 2007.
-"Les collections de l’Histoire", (Ils ont résisté à Hitler), octobre 2007.
Sitographie:
-www.fondationresistance.org
-www.fondationshoa.info
-www.e-storial-frontiere.com
-www.ac-nancy-metz.fr/ia57/noveant/histoire/passeurs/unpassage.html
Filmographie:
-"Au revoir les enfants", Louis Malle, 1987
-"Le temps de la désobéïssance", Téléfilm, Patrick Volson, 2005
-"Les passeurs" (Des Lorrains anonymes dans la résistance), Francis Petitdemange et Jean-François Genet, 2002, Editions de l'Est.
-"Les Justes" (Les héros méconnus de la Shoa), Martin Gilbert, 2004, Calmann-Lévy.
-"La France des années noires", J-P. Azéma et F.Bedarida [dir.], 1993, Le Seuil.
-"La France pendant la Seconde Guerre mondiale", Y. Durand, 1993, Armand Colin
-"La Lettre de la Fondation de la Résistance", n°51, décembre 2007.
-"Les collections de l’Histoire", (Ils ont résisté à Hitler), octobre 2007.
Sitographie:
-www.fondationresistance.org
-www.fondationshoa.info
-www.e-storial-frontiere.com
-www.ac-nancy-metz.fr/ia57/noveant/histoire/passeurs/unpassage.html
Filmographie:
-"Au revoir les enfants", Louis Malle, 1987
-"Le temps de la désobéïssance", Téléfilm, Patrick Volson, 2005
Conclusion
L'ensemble de ce travail nous a permis d'appréhender cette histoire méconnue de la Résistance, ces personnes qui ont à un moment tendu une main, ouvert une porte ou conduit "des personnes persécutées ou pourchassées". L'exemple mosellan apparaît comme l'archétype de cette résistance en atteste les actions spontanées de nombreux Novéantais. La rencontre avec Monsieur Raymond Starrenberger fut très enrichissante et saisissante . En effet, agé de 82 ans à ce jour, ce "passé" ne connaît toujours pas l'identité de son "passeur" alors qu'il lui doit la liberté! Plus de 60 ans nous séparent de ces événements et nous demeurons admiratifs du courage de certains qui n'hésitèrent pas à prendre des risques pour sauver des déserteurs, des réfractaires ou encore des Juifs . Selon J-F Genet et F. Petitdemange (op.cit.) 23 Mosellans ont été arrêté pour l’acheminement illégal de colis ou de courrier et 594 l’ont été pour l’aide fournie à des prisonniers de guerre français ou alliés évadés. La répression fît donc de nombreuses victimes parmi ces résistants de l'ombre. Nous espérons que notre travail participera à la mémoire de ces résistants...
- F - Témoignage : Madame Scius, la Grand-Mère de Marie
Aide aux prisonniers et répression contre Madame Scius, la Grand-Mère de Marie
Mademoiselle Marie Scius a passé sa jeunesse dans la pharmacie familiale qui se situait à Sarrebourg, en Moselle. Refusant de devenir allemande, Mlle Scius, à l’aide de certains scouts de Sarrebourg, a créé durant la « débâcle » une filière d’évasion de prisonniers. En effet, la situation était particulièrement critique car les Allemands avaient arrêté 35 000 prisonniers après seulement deux ou trois semaines de guerre. Elle réussi à corrompre des sentinelles allemandes afin de ravitailler les prisonniers de Sarrebourg, les Juifs et Sénégalais mis en quarantaine, d’acheminer le courrier des prisonniers jusqu’à Nancy (ce qui correspondait à la frontière entre l’Allemagne et la zone occupée) et bien sûr, organiser des évasions de prisonniers avec l’aide de gardes qui savaient ne pas les voir. Une fois libérés, elle et ses amis les prenaient en charge en leur trouvant de la nourriture, des vêtements, des pansements, des faux papiers et de l’argent. Elle cachait jusqu’à dix évadés chez elle, ce qui était un exploit car la Gestapo avait annexé les lieux. Si elle réussit ce tour de passe-passe c’est grâce à l’aide de ses frères qui occupaient les Allemands avec le skat, jeu de cartes favori de ces derniers. Puis, déguisés en cheminots, les prisonniers passaient la frontière, cachés dans les locomotives, les wagons de marchandises ou encore dans le charbon.
Malheureusement, au bout d’un an, ce petit manège fut découvert, et Marie Scius arrêtée. On l’accusa d’ennemie du Grand Reich, de chef de l’organisation des prisonniers évadés, et d’espionnage et de corruption auprès de soldats de la Wehrmacht. Cette dernière accusation lui valu un futur passage devant le Conseil de Guerre. Elle passa tout d’abord 5 jours et 5 nuits dans un cachot sans air et sans lumière avec pratiquement rien à manger ni à boire. Après cela, elle subit un mois d’interrogatoire impitoyable (bienheureusement la Gestapo ne la tortura pas). Elle endossa toutes les accusations afin que ses collaborateurs s’en sortent. Puis vint le Conseil de Guerre. Mlle Scius risquait la peine de mort mais grâce à la notoriété de sa famille connue dans toute la Lorraine et la victoire qui commençait à sourire à l’Allemagne la justice fut clémente et la condamna à quinze mois de prison. Elle fut dirigée dans un camp de femmes. Là-bas, après un stage d’apprentissage en serrurerie, elle fut affectée au nettoyage et à la réparation de pièces de locomotives. En réalité, elle faisait de son mieux pour les saboter.
Puis, en raison de problèmes de santé, elle fut mutée au dépôt des chemins de fer de Reding Là, grâce à sa carte de cheminot, elle devint agent de liaison et de ravitaillement entre les groupes du réseau de Résistance. Elle était aussi infirmière des FFI cachés dans les forêts.
Enfin, en 1944, elle a réussi à faire déposer les armes à 14 Allemands, afin qu’ils se rendent aux FFI.
La légion d’honneur décernée à cette femme courageuse
- E - Représailles contre des familles de personnes recherchées :
Les familles sont souvent victimes de représailles comme le montre l’exemple de 123 habitants de Longeville-lès-Saint-Avold qui sont arrêtés car parents de réfractaires. Ils sont ensuite internés à Woippy et quarante meurent en camp de concentration.
Marthe Beyel d’Eincheville raconte qu’elle et son père ont été arrêté car son frère était un réfractaire. Ainsi elle est déportée à Ravensbrück tandis que son père échoue à Sachsenhausen !
- D - Déportations vers des camps de concentration :
La répression nazie à l’encontre des passeurs mosellans aboutit à la déportation d’un grand nombre vers certains « KL » afin de briser la résistance ! Nombreux sont ceux qui sont transférés au camp de Schirmeck comme Théodore Porté de Novéant qui est accusé d’aide aux évadés et réfractaires. Il est arrêté par la Gestapo en avril 1944 et meurt à Schirmeck lors de sa détention où plus de 500 Mosellans furent internés ! Certains sont envoyés au camp voisin du Struthof dont dépend Schirmeck et où le taux de mortalité est l’un des plus élevé de l’ensemble du système concentrationnaire nazi !
Suite vraisemblablement à l’imprudence de certains évadés, le réseau de Pagny-sur-Moselle est démantelé . Son Maire, Marcel Ney, pivot de ce réseau et Henri Barnay, restaurateur très actif pour le transfert de courrier ou la « cache » d’évadés, sont arrêtés en février 1944. Tout deux sont déportés au camp de concentration de Neuengamme où ils trouvent la mort.
Déportés à Neuengammme sous surveillance du kapo
Les femmes résistantes ne sont pas épargnées comme l’attestent les exemples Catherine et Blanche Welfringer qui opèrent sur Woippy et qui suite à une dénonciation sont emprisonnées à Metz en août 1943. Puis vient la déportation au camp de Ravensbrück d’où elles sont libérées et envoyées en Suède. Elles rentrent en France à l’issue de la guerre, en août 1945.
Déportées de Ravensbrück au travail- C - Internements au fort de Queuleu :
A partir de 1943, un grand nombre de résistants finit dans ce fort où les conditions de détentions sont terribles. Ainsi le Novéantais Gaston Lovay y est interné quelques jours car des soupçons pèsent sur lui concernant son rôle de passeur. Il en ressort grâce à l’intervention d’un allemand du village de Novéant. René Michelleti, un passeur, est arrêté dans le hall de la gare d’Amanvillers en novembre 1943. Il est envoyé à la Gestapo de Metz puis au fort de Queuleu où il est « enfermé dans la cellule n°7, les yeux bandés et les mains attachées » ! Avec trois autres détenus, il réussit à s’échapper par la cheminée d’aération. Bénéficiant de soutiens sur Metz et Scy-Chazelle, il se cache et à obtient de faux-papiers qui lui permettent de rejoindre Paris puis le sud-est de la France. Il participe activement à la Libération dans la brigade d’Alsace-Moselle.
- B - Emprisonnements :
Dans la vallée de la Seille, un grand nombre de prisonniers évadés sont recueillis comme à Cuvry ou à Pournoy-la-Chétive. Dans ce village, le maire, Emmanuel Delacour et le curé de la paroisse, Emile Losson sont arrêtés et emprisonnés à la maison d’arrêt de Metz, rue Maurice- Barrès, pendant trois semaines pour leurs activités résistantes.
Sœur-Hélène de Metz connaît le même sort. En effet elle est arrêtée puis condamnée à un an de prison pour le transport de courrier et l’aide aux évadés des camps de Metz et Sarrebourg.

Sœur-Hélène et « Notre-Dame des prisonniers », statue en son honneur, située rue de la fontaine à Metz.
- A - Interrogatoires menaçants :
Marie Sturma-Contardo relate qu’elle est arrêtée un jour par des gendarmes allemands en gare de Novéant suite à une dénonciation. Elle est transférée à la Gestapo de Metz ou elle subit un interrogatoire lors duquel elle doit ingérer des cachets ! Elle est disculpée de son rôle de passeur grâce au témoignage de sa patronne Mme Krempf.
IV - Des actes de résistance réprimés par les nazis : l’exemple Mosellan
La répression à l’encontre de la Résistance en Moselle est placée sous le commandement du chef de la police et du service de la sûreté en Lorraine (SIPO-SD). Ce dernier peut s’appuyer sur les personnels de trois organes qui traquent les résistants. Les membres du « SD » issus du parti nazi (NSDAP) qui n’hésitent pas à infiltrer des filières de résistance comme le rappelle l’exemple de l’arrestation de la famille Thiam suite à l’infiltration d’agents au service du « SD » se faisant passer pour des prisonniers évadés ! La « Kripo », police criminelle et la redoutée « Gestapo » , police politique, secrète, dont les bureaux se situaient rue de Verdun à Metz sont également au service de la SIPO-SD. Afin de traquer les opposants, s’ajoute la police des frontières, « Grenzpolizei ».
Certains Français participent à cette répression comme le montre les arrestations de résistants par des gendarmes ou des policiers. Soulignons tout de même que certains sont aux côtés des opposants ! En revanche, les Miliciens de Darnant, les membres du PPF (Parti Populaire Français) de Doriot participent activement à la traque des Résistants. Pour ces derniers, le danger vient également des dénonciateurs occasionnels comme dans la vallée de l’Orne en mars 1942 où un traître dénonce la filière d’Andrée François et de Lydwine Stabile. Dix-neuf personnes sont arrêtées par la police allemande !
La répression contre les résistants prend plusieurs formes : interrogatoires menaçants, torture, emprisonnement, représailles contre les familles de résistants, internement comme au fort de Queuleu à Metz ou au camp de Schirmeck en Alsace. Certains Mosellans sont même déportés vers des camps de concentration dont il ne sont jamais revenus, victimes de la barbarie nazie .
- B - Photographies de la sortie à Novéant
J-F Genet rappelant les origines de la frontière entre Novéant et Arnaville
Monument à la mémoire des passeurs de Novéant
Les élèves à l’écoute du témoignage de Raymond Starrenberger
Au sommet du col des quatre chemin, sur l’ancienne frontière
- A - Témoignage de Raymond Starrenberger
Raymond Starrenberger est né en 1926. En 1944, à 18 ans avant de devoir s’engager en tant que soldat allemand, il est appelé au R.A.D ( Reich Arbeit Dienst ). Raymond et sont père refusent cette situation.
Son père lui a donc fait créer une fausse carte d'identité (sur cette carte Raymond était alors né en 1928). Parti de la cathédrale de Metz, il rencontre un homme qui lui communique un mot de passe. Cet homme lui dit ensuite de se diriger au château d'eau de la gare. Un autre homme l'y attend et lui donne un billet de train pour Novéant.
Une fois à destination il se dirige au bistrot où un autre homme lui donna de nouvelles indications pour cette fois rejoindre un passeur dont il ne connut jamais l’identité.
Arrivé à l'endroit prévu il se retrouve avec une dizaine d'autres personnes. Le passage se déroule en février et par une température glaciale, le groupe franchit la Gorzia après s’être déchaussé. C’est dans un silence absolu, pour éviter les patrouilles qu’ils atteignent la frontière au sommet du col des quatre chemins entre Novéant en Moselle Annexée au Reich et Arnaville en France occupée.
Par la suite il se rend à Paris où il est hébergé par un ami de son père puis à Laval où il vit chez son oncle et sa tante.Raymond revient à Metz fin 1944.
III - Sur les traces des passeurs et des « passés »…
Lundi après-midi 17 mars 2008, nous nous sommes rendus au Centre Socio-culturel de Novéant afin de visiter l’exposition mise en place par Mrs J-F Genet et F.Petitdemange sur l’Histoire des passeurs de ce village durant la Deuxième Guerre mondiale. Ce fut pour nous l’occasion d’étoffer nos connaissances. En effet Monsieur J-F Genet nous présenta l’Histoire des passeurs et « passés » entre Novéant (57) et Arnaville (54) au travers de différents panneaux tout en soulignant l’importance de la frontière dans l’esprit des habitants durant la période 1870-1918 et 1940-1944. Ensuite une vidéo, riche en témoignage, compléta ses propos tout comme le témoignage de Raymond Starrenberger, un ancien « passé », qui nous relata son histoire et mis en avant tout l’aide dont il bénéficia d’un passeur de Novéant dont il ne connaît toujours pas l’identité à ce jour ! Pour conclure cette journée, avec Mrs Genet et Starrenberger nous sommes allés au sommet du col des quatre chemins, sur l’ancienne frontière entre Novéant et Arnaville, là où il y a plus de 50 ans, Raymond Starrenberger « goûtait » à la liberté et échappait ainsi à l’enrôlement dans la Wechmart. Notre parcours s’est achevé devant le monument dédié aux courageux passeurs de Novéant.
- D - Témoignage...
...Le Grand-Oncle de Gauthier, Mr. Nicolas JENCZAK ; le rôle de sa mère dans l’aide aux jeunes déserteurs Mosellans :
« Ma mère cachait Joseph avec un copain et Louis, mon frère. Après elle m'a caché et a aussi caché le jeune Meer qui était , comme moi, déserteur. Il y en avait cinq! Par la suite, Joseph, son copain et Louis ont trouvé qu'ils étaient un peu beaucoup pour ma maman, ils sont donc partis ailleurs... dans la famille. Plus tard, Ils (Les Allemands) ont pris trois personnes à Momerstroff en représailles. Tous étaient des Bristel, de la famille de ma mère. Les Allemands sont venus a six heures du matin et sont rentrés devant et derrière en même temps et puis ils ont emmené mon père et ma mère. Puis voilà René, mon frère, qui était en congé à Boulay le jour où la maman a été prise par la Gestapo, il est venu en uniforme à Momerstroff et a dit '' Vous prenez ma mère alors que moi je suis soldat allemand ? '' et l'officier a répondu: '' Ça ne nous regarde pas! '' et ils sont partis avec la maman. Elle n'est jamais revenue et puis Eugénie, ma femme, est allé la voir huit jours après, à Bremegand où ma mère était emprisonnée, en bicyclette avec sa soeur Jeanne. Donc toutes les deux elle sont allées de Momerstroff à Sarrebruck pour aller la voir. Elles ont pu la voir et ont remarqué qu'elle avait déjà subi un lavage de cerveau lorsqu'elles lui dirent que les Américains avaient débarqué en Normandie, elle n'a pas réagi! Par la suite elles sont rentrées, déçues de voir que ma mère ne réagissait plus. Et peu de temps après ils ont été transportés à Ravensbrück, c'est là qu'elle est décédée le 7 avril 1945 alors le 15 avril le camp était libéré. Une dame qui été avec ma mère dans le camp nous a fait venir a Nancy mon frère et moi et nous a raconté les derniers moments qu'elle a vécu. »
Cette femme courageuse paya donc de sa vie le fait d’avoir caché chez elle 5 jeunes Mosellans qui refusaient de combattre sous les drapeaux de l’Allemagne nazie.
- C - Aide aux déserteurs et réfractaires mosellans
Hitler, le 25 septembre 1940, avait donné l’ordre au Gauleiter Joseph Burckel de totalement germaniser la Moselle en l’espace de 10 ans. Suite à cette ordre, toute une série de mesures fut prise afin de germaniser la Moselle. Les timbres-postes français n’ont plus cours, la monnaie française est supprimée, le français est interdit ! Le Gauleiter prend une première mesure très impopulaire , celle contenue dans l’ordonnance n°283 du 23 avril 1941 qui indique que tous les Lorrains hommes ou femmes, entre dix-sept et vingt-ans, peuvent être incorporés dans le service du travail du Reich. Ce service consiste à travailler et à recevoir une formation nationale-socialiste. Les garçons nés en 1922 passent le conseil de révision en juillet, les jeunes filles nées en 1923 en septembre mais aussi aux mois d’octobre et de novembre, tous prennent le chemin du Reich pour six mois. D’autres classes suivent le même parcours. Suite à cette ordonnance, de premiers réfractaires arrivent alors sur la frontière. L’ordonnance du 19 août 1942 crée un nouveau flux et de nouvelles catégories de fugitifs. Cette ordonnance consiste à introduire le service militaire obligatoire dans la Wehrmacht. Les réfractaires veulent se soustraire à cette incorporation de force et des déserteurs refusent de rejoindre leur régiment ou de retourner sur le front à l’issue d’une permission. Pour échapper à ces ordonnances toutes sortes de moyens furent mis en place comme l’attestent de nombreux exemples :
- Roger Guth aidé par un conducteur de train, Joseph Gruner et un passeur, Raymond :
Roger Guth est un Thionvillois qui choisit de ne pas rester dans sa ville qu’il estime « dénaturée » depuis son annexion . Grâce à son père, il a la possibilité de passer la frontière entre Moselle et Meurthe-et-Moselle car son père connaît un conducteur de locomotive, Joseph Gruner. Ce dernier dirige des convois de part et d’autre de la frontière. Il accepte de le passer en juin 1941. Arrivée à la nouvelle frontière de Novéant, la police le prend pour un véritable chauffeur. Grâce a cela il a pu rejoindre Nancy où un passeur l’attend , pour le confier à un guichetier de la gare. Avec la photo qu’on lui a demandé d’emporter avant le départ, il obtient une carte d’identité qui indique que son domicile est à Bourg-en-Bresse. Finalement il est démasqué suite à un contrôle de papiers par les Allemands et arrêté pour avoir quitté la Moselle. Il finit par purger sa peine à la prison de Thionville. A sa libération, il ne retrouve pas son travail à la Mairie de Thionville. Roger Guth décide une nouvelle fois de passer la frontière le 19 avril 1943 suite à l’incorporation de force de sa classe d’âge. L’itinéraire de son passeur, Raymond, est différent. Il a d’abord rendez vous à une auberge de la Guinguette près du stade de Gentrange . IL s’y rend à bicyclette, munis d’un sac contenant le minimum nécessaire. Puis de nuit c’est le départ de la forêt de Moyeuvre. Il marche en silence derrière son passeur avec une certaine appréhension car il est conscient du risque que représente sa désertion en cas d’arrestation. Il arrive à Joeuf-Homécourt , en zone rouge. De là, il part en bus pour la gare de Nancy où on lui donne les recommandations nécessaires pour le passage de la ligne de démarcation. Cette fois –ci la chance est avec lui, il franchit sans encombre cette fameuse ligne qui lui rappelait de mauvais souvenir.
- André Jacob aidé par Monsieur Seiffert, ingénieur des ponts et chaussées :
André Jacob né en 1924 dans la ferme familiale située à Grigy près de Metz attend avec ses parents, comme d’autres familles, le « bus de l’expulsion » en novembre 1940. Finalement sa famille décide de rester en Moselle. André Jacob organise son passage à la frontière afin d’échapper à l’ « Arbeidienst » où il est affecté à Trèves. Il passe la frontière dans un coffre sous le siège du véhicule de M.Seiffet. C’est un ami de son père, qui s’occupait de l’entretien des routes entre Verny et Nomeny. Grâce à cela il possède un « ausweis », ce qui lui permet de passer la frontière. André Jacob passe la frontière sous forme de fœtus, comme beaucoup d’autres. Apres cette traversée, il se trouve dans la cour d’un café de Nomeny. Là, une jeune fille l’accueille et l’emmène derrière le bistrot où elle lui remet une fasse carte d’identité avec le cachet de la préfecture de Nancy. Apres tout cela il prend un autobus à Nancy puis un train pour pouvoir rejoindre la Meuse pour aller s’abriter chez son oncle qui était percepteur.
-Robert Nassoy et Jean Guépratte aidés par Mlle Goehl de Novéant :
Jean Guépratte et Robert Nassoy passent la frontière de Novéant en direction d’Arnaville par la colline, habillés en bleu de travail et guidés par Mlle Goehl qui les a hébérgé. Ensuite, ils rejoignent Nancy puis ils sont partis pour Paris chez le cousin de Robert avec de faux papier puis dans le Morbihan. Robert y reste à peu près 1 an où il exerce le métier d’aide-infirmier dans un hôpital de la ville. Il rejoint par la suite le maquis du Vercors où il réussit à échapper à la répression allemande de juillet 1914. Enfin il participe à la libération de Romans et s’engage dans la 1er armée française pour faire la bataille de France. En janvier 1945, il s’engage dans l’armée américaine.
- A - L'aide aux prisonniers de guerre
L’objectif des français qui étaient prisonniers de guerre en Allemagne était de passer la frontière allemande pour rejoindre la France libre . Leur première difficulté lorsqu'ils arrivent en zone annexée (Alsace-Moselle) est la langue. Tous les panneaux sont en allemand et les employés (de gare par exemple) parlent également allemand. Dans les rues ils peuvent à tous moments croiser des S.A (Section d'Assaut) ou des NSKK (National Sozialistische Krafter Korps, formation paramilitaire). Les évades savent qu'a tous moments ils peuvent être dénoncés : ils doivent à la fois se méfier et faire confiance. Néanmoins leur principal problème reste la faim, la soif et la fatigue. Malgré tous ces efforts pour arriver en zone libre ils peuvent cependant être renvoyés en Allemagne. En revanche les évadés peuvent apercevoir des « bérets» français ou entendre parler français dans des cafés. Ces derniers les informent sur les risques qu'ils peuvent rencontrer en passant la frontière. Certains évadés trouvent refuge dans des institutions religieuses comme celle de Soeur Hélène.
Soeur Hélène (Hélène Studler) née en 1891, dirige l'hospice St Nicolas à Metz, elle soigne, cache et fait passer la frontière aux évadés. Comme elle l'a fait avec Raymond Chagot. Elle envoyât ce dernier à Novéant chez l’abbé Nassoy qui l’orientât vers un passeur local. Elle incarne la femme résistante.
Pour d'autres prisonniers la frontière est plus longue à atteindre, Pierre Millet fait partie de ces évadés. Pierre Millet était un médecin auxiliaire prisonnier à Corcieux dans les Vosges. Il s'évade d'Allemagne, descend à la gare de Novéant où il y passe inaperçu. Il est hébergé par l'abbé Georges Nassoy. Pierre lui raconte tout ce qui lui est arrivé auparavant et lui fait part de sa volonté de passer la frontière. L'abbé confia Georges à Alfred Sanzey qui est passeur sur la Moselle. Il fait passer les personnes en bateau suite à la destruction du pont au-dessus de la Moselle. Arrivé sur l'autre rive Pierre prend le train pour rejoindre la zone libre où il entre en résistance.
De nombreux évadés commettent des erreurs ce qui conduit à leur arrestation, à l'exemple d'Yves Jouannic. Yves Jouannic, s’évade du Stalag 13 le 5 septembre 1941. Il échappe aux contrôles renforcés aux sentinelles et aux chiens mais il se fait arrêter alors qu'il était dans un train. Ses erreurs sont nombreuses : il ne connaissait pas la direction du train, il n'a pas écouté les conseils qu'on lui a donné, il n'a pas enlevé sa plaque de soldat. Yves est interrogé puis torturé. Toutes ses tentatives d'évasion sont des échecs, sauf la dernière qu'il organisa vers la fin de la guerre. Les évadés doivent donc être vigilants notamment lorsqu'ils sortent des trains. A Novéant, ils sont nombreux à s'être fait arrêter car ils parlaient français langue interdite en Moselle annexée. Beaucoup sont morts ainsi.
Les péniches sont des moyens d’évasion. L’entreprise Guély dispose de péniches qu’ils mettent à disposition des déserteurs. Henry Guély, gérant de la société Guély frères, Jules Watrin et Jacques Salm ont reçu la médaille de bronze de la reconnaissance française en 1952 pour l’aide apportée aux prisonniers de guerre. Les péniches n’étaient pas le seul moyen de passer la frontière. Il existait aussi le train. Les trains passaient également des prisonniers de guerre évadés. Ils étaient trouvés par hasard dans Ars, ou devant la gare de Metz. Ils se cachaient sous les banquettes du train des ouvriers. Cette technique a fonctionné pendant un an, jusqu’en 1943. Yvonne Troisième, jeune ouvrière, en a passé également de cette façon. Ce n’était pas la seule ouvrière à faire cela. Yvonne Troisième se souvient en particulier d’un évadé, dissimulé sous une banquette, qui avait appuyé sa figure contre le radiateur. Quand il avait pu quitter sa cachette, il avait poussé un «ouf» de soulagement car il avait une brûlure au visage.
Il y eut aussi des filières issues des groupes de Résistance Lorrains. Le général Pierre Denis cite dans son ouvrage La Libération de la Moselle certains groupes de la Résistance mosellane tels que « L’espoir français » ou bien « le groupe Mario » et d’autres encore. Une de leurs premières activités était d’aider les évadés par la recherche de relais.
Les péniches sont des moyens d’évasion. L’entreprise Guély dispose de péniches qu’ils mettent à disposition des déserteurs. Henry Guély, gérant de la société Guély frères, Jules Watrin et Jacques Salm ont reçu la médaille de bronze de la reconnaissance française en 1952 pour l’aide apportée aux prisonniers de guerre. Les péniches n’étaient pas le seul moyen de passer la frontière. Il existait aussi le train. Les trains passaient également des prisonniers de guerre évadés. Ils étaient trouvés par hasard dans Ars, ou devant la gare de Metz. Ils se cachaient sous les banquettes du train des ouvriers. Cette technique a fonctionné pendant un an, jusqu’en 1943. Yvonne Troisième, jeune ouvrière, en a passé également de cette façon. Ce n’était pas la seule ouvrière à faire cela. Yvonne Troisième se souvient en particulier d’un évadé, dissimulé sous une banquette, qui avait appuyé sa figure contre le radiateur. Quand il avait pu quitter sa cachette, il avait poussé un «ouf» de soulagement car il avait une brûlure au visage.
Il y eut aussi des filières issues des groupes de Résistance Lorrains. Le général Pierre Denis cite dans son ouvrage La Libération de la Moselle certains groupes de la Résistance mosellane tels que « L’espoir français » ou bien « le groupe Mario » et d’autres encore. Une de leurs premières activités était d’aider les évadés par la recherche de relais.
II - L’aide précieuse des passeurs...
... de la cache au passage de la frontière
.
Circuler en France entre les différentes zones ou rejoindre l’étranger nécessite une autorisation des autorités allemandes : « ausweis » . Néanmoins, Les persécutés et les pourchassés ont comme premier souci d'échapper aux arrestations en franchissant légalement ou illégalement, les frontières vers une destination plus sûre ou un territoire contrôlé par les Alliés.
Ainsi, de 1940 à 1942 franchir la ligne de démarcation, entre zone occupée et zone libre, est un objectif essentiel pour des groupes ou des individus mais cela devient plus difficile tandis que ces tentatives augmentent sans cesse. Dès 1940 on assiste à des passages clandestins de la ligne de démarcation, qui ne cessent jusque à la disparition de celle-ci en 1943 . Jusqu'en 1941, les flux sont importants et concernent surtout les prisonniers de guerre anglais ou belges évadés . Le nombre de passages progresse sensiblement en 1941 et 1942, et cesse lors de la disparition de la ligne de démarcation ( 1943 )
Passer les frontières par la mer ou les airs s’avère périlleux. Les côtes sont particulièrement surveillées, l'ensemble des zones côtières sont déclarées ''interdites'' et on ne peut circuler qu'avec un ''ausweis'' spécifique. De 1946 à 1943 sont organisées des évasions vers l'Angleterre ou la France libre . Leurs départs s'effectuent à partir de petits ports qui sont moins contrôlables, par les occupants et où ils bénéficient de complicités dans le milieu des marins-pêcheurs. Les évasions par la mer sur les côtes de la Manche, de l'Atalantique et de la Méditerranée sont donc très rares et surtout le fait de réseaux orgnisés . Aprés 1942 les côtes bretonnes sont utilisés par les réseaux d'évasions des aviateurs anglais ( création de plusieurs réseaux comme : le réseau ''Var'' (côte nord de la Bretagne ), ou le réseau ''Schelburne'' ( à partir de Plouha ) . Ajoutons que l’on compte très peu de départs par les airs car l'organisation de ceux-ci est plus difficile . Les départs en avion concernent surtout les personnalités et les agents alliés en mission .
La neutralité de la Suisse et de l’Espagne attire les personnes persécutés et pourchassées lorsqu’il s’agit de quitter le territoire national mais se dresse dès lors l’obstacle montagneux d’où la nécessité de passeurs qui agissent le plus souvent par patriotisme mais également, parfois, pour l’argent… S’agit-il d’acte de résistance pour cette dernière motivation? Nous en doutons.En Moselle, le rôle des passeurs est primordial durant tout le conflit du fait de la situation frontalière entre une Moselle annexée et une Meurthe-et-Moselle française. Ainsi de nombreux prisonniers de guerre évadés, réfractaires au S.T.O, déserteurs mais aussi aviateurs alliés ou des juifs (cf ex Pierre Berg ) profitent de l’aide des passeurs locaux.
- A - Les « Justes »
Lors de la Deuxième Guerre mondiale, les autorités de Vichy, antisémites, participent activement à l’arrestation et à la déportation de 75 000 juifs français vers les « camps de la mort », 2500 seulement survécurent ! Un certain nombre de juifs échappent à ce destin tragique grâce à des initiatives individuelles ou collectives, le plus souvent très risquées pour leurs auteurs…
Martin Gilbert, Historien britannique et spécialiste de la Shoah, apporte des témoignages d’aide aux juifs dans son ouvrage "Les justes, les héros méconnus de la Shoah", Londres, 2002. Les actions individuelles pour cacher des juifs ou les aider à franchir une frontière sont très variées et souvent spontanées comme l’attestent ces quelques exemples retenus :
- Germaine Le Henaff (directrice d'un orphelinat) :
Germaine Le Henaff cache des enfants juifs dans son orphelinat du Château de La Guette, près de Paris, en leur donnant des noms français. Ainsi personne ne sait qu'ils sont juifs, sauf elle.
- Albert Masse (paysan) :
Albert Masse, paysan pauvre, secourt le petit Karl Haussmann de 9 ans en le recueillant dans sa ferme en Ardèche. Cet enfant est le seul de sa famille à être sauvé, ses parents et son frère étant gazés à Auschwitz en Pologne.
- Juliette et Gaston Patoux (paysans) :
Dans le village de la Caillaudière, ce couple recueille une petite fille de 2 ans, Felice Zimmern, pendant 3 ans et demi alors que ses parents prennent la direction de Auschwitz. Elle considère ces paysans comme ses parents et ne sait même pas qu'elle est juive. Mais elle doit les quitter à la fin de la guerre pour aller dans un orphelinat juif avec son frère. Plus tard, elle demande à Juliette Patoux comment est-elle arrivée chez elle, Madame Patoux lui répond : « Oh, je ne sais pas. Quelqu’un est sorti du bois et m’a demandé si je voulais recueillir une petite fille juive, alors j’ai dit oui. ». Ceci n’était pas sans risque au point que Madame Patoux dormait toujours avec une combinaison, prête à prendre la fuite en cas d’arrivée des Allemands !
- Mère Maria Elizabeth Skobtsova (religieuse orthodoxe) et le père Klepinin :
Ces deux religieux ouvrent les portes de leur couvent aux juifs et leur donnent des faux papiers, faux certificats de baptême, ils leur offrent également des habits et de la nourriture. Mère Maria Elisabeth est arrêté le 8 février 1942 par la Gestapo et envoyée au KL de Ravensbrück où elle meurt d’épuisement le 31 mars 1945. Le père Klepinin est également déporté.
- La mère supérieure du couvent Bon-Pasteur, le Refuge, de Valence :
Après la mort de Alfred Dreyfus, symbole de l’injustice et de l’antisémitisme français à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, Lucie Dreyfus son épouse est accueillie par des soeurs et prend le nom de Mme Duteil afin de ne pas être identifiée . Seule la supérieure du Refuge connaît l'identité de Lucie . Lucie survit à la guerre.
- Un employé de la mairie de Poitiers (anonyme) :
La famille juive Hoffnung de Metz bénéficie de l’aide d’un employé de mairie de Poitiers qui lors de la remise de cartes d’identités n’inscrit pas « juifs ». Cet acte de résistance qui ne repose que sur l’oubli délibéré d’une inscription leur sauva le vie . Ils passent ainsi la ligne de démarcation entre la zone occupée et la zone libre !
- Pierre Berg, paysan et passeur Mosellan :
Les Historiens Jean-François Genet et Francis Petitdemange rapportent dans leur ouvrage "Les Passeurs, Des Lorrains anonymes dans la Résistance", Nancy, 2003 que Pierre Berg, en octobre 1940, réussit à franchir la frontière mosellane en direction de « la zone rouge » en compagnie d’un prisonnier de confession juive et évadé d’un camp en Allemagne. Il confie la conduite de son attelage à cet homme et passe ainsi de Sainte-Marie-aux-chênes à Saint-Ail, risquant de se faire arrêter par les douaniers !
Parallèlement à ces actions individuelles se mettent en place des filières, des réseaux d’aide aux juifs comme nous le rapporte Martin Gilbert (op.cit.) ou encore Les collections de l’Histoire, Ils ont résisté à Hitler, « Au nom de tous les Justes » p.84 par Annette Wieviorka, octobre 2007 :
- « L'Amitié chrétienne» et le « réseau Garel » :
« L’Amitié chrétienne » dirigée par le Cardinal Gerlier s'occupe d'aider des Juifs, des étrangers et réfugiés politiques allemands en leur trouvant des abris où ils peuvent échapper au régime de Vichy. L’organisation a un double fonctionnement : légal et clandestin. A partir de 1942, la déportation des juifs devient critique. L'«Amitié chrétienne» se charge lors de la « Nuit de Vénissieux » (fin août 1942) de libérer et de cacher 500 Juifs adultes et 108 Juifs enfants rassemblés alors au camp de Vénissieux en coopérant avec des organisations juives résistantes comme les « Eclaireurs israélites ». Cette nuit donna naissance au premier réseau clandestin français pour la protection des enfants Juifs : le « réseau Garel », Georges Garel coordonnant en partie l’évasion et le sauvetage. De nombreux juifs sont cachés dans les Cévennes ou au Chambon-sur-Lignon
.
- Le Chambon-sur-Lignon :
Un des meilleurs exemples est le village de Chambon-sur-Lignon et d'autres villages sur le plateau Vivarais-Lignon où vivent beaucoup de descendants de huguenots eux même persécutés et massacrés par les Rois de France. Beaucoup de juifs furent cachés, essentiellement des enfants. Tout le village ouvrit ses portes, trois mille cinq cents juifs furent accueillis pour un village qui ne comptait pas plus de trois mille personnes! Pour tous ces habitants la différence de religion ne changeait rien. Plusieurs foyers d'accueil étaient organisés sous le nom de différentes organisation chrétiennes telles que les institutions dépendantes du Secours Suisse. De nombreux enfants furent aussi placés dans des pensions, fermes isolées ou encore chez des particuliers. La nuit, loin des yeux des Allemands, les villageois emmenaient des petits groupes de juifs à la frontière Suisse. Un des enfants cachés, Pierre Sauvage, réalisa après la guerre un film Weapons of the Spirit sur les gens qui lui avaient sauvé la vie sur ce plateau.
Selon les travaux de Serge Klarsfeld, en France, la déportation contre les Juifs entre 1942 et 1944 touche massivement des enfants. Pendant ce laps de temps, 11 402 Juifs de moins de 17 ans, y compris des bébés, ont été envoyés vers les camps de concentration ou d’extermination. Seuls 300 enfants y survécurent ! Ces chiffres montrent l'importance des sauveurs qui cachaient des jeunes Juifs. En 1953, Israël a mis en place la loi qui a fondé l’institut Yad Vashem. Il est voué à la commémoration des héros qualifiés de « Justes parmi les Nations », ceux venus en aide aux Juifs durant le dernier conflit mondial. Le titre de « Justes parmi les Nations » peut être attribué à des personnes comme Monsieur et Madame Patoux, des villages comme le Chambon-sur-Lignon ou des organisations. Reçoivent le titre de « Justes » ceux qui ont aidé des juifs persécutés et pourchassés, sans contrepartie et en ayant conscience des risques encourus durant la Deuxième Guerre mondiale. Les « Justes » reconnus sont récompensés d’un diplôme et d’une médaille à leur nom gravé d’une inscription : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers entier ». Au début, étaient plantés des arbres à leurs noms dans les jardins des justes à Yad Vashem mais le nombre de juste à tellement augmenté que le jardin est désormais saturé. Ainsi, en 2007, sont recensés dans le monde 21758 hommes et femmes « Justes » dont 2740 en Français. En France, chaque 16 juillet, les « Justes » sont honorés par la République française à l’image de ceux qui ont permis à de nombreux juifs de ne pas être arrêtés lors de la rafle du Vel d’Hiv les 16 et 17 juillet 1942 à Paris. En effet, lors de cet événement tragique, 12 844 juifs furent arrêtés alors que la Gestapo nazie en espérait 30 000 !!! L’action de « Justes » fut donc déterminante.
I - L'aide aux juifs
Document : Le statut des Juifs en France
Article premier - Est regardé comme juif, pour l'application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif.
Art.2. - L'accès et l'exercice des fonctions publiques et mandats énumérés ci-après sont interdits aux Juifs :
1° Chef de l'État, membre du gouvernement, Conseil d'État, Conseil de l'Ordre national de la Légion d'honneur, Cour de Cassation, Cour des comptes, Corps des Mines, Corps des Ponts et Chaussées, Inspection générale des Finances, Cours d'appel, Tribunaux de première instance, Justices de Paix, toutes juridictions d'ordre professionnel et toutes assemblées issues de l'élection ;
2° Agents relevant, du, département des Affaires étrangères, secrétaires généraux des départements ministériels, directeurs généraux, directeurs des administrations centrales des ministères, préfets, sous-préfets, secrétaires généraux des préfectures, inspecteurs généraux des services administratifs au ministère de l'Intérieur, fonctionnaires de tous grades attachés à tous services de police ;
3° Résidents généraux, gouverneurs généraux, gouverneurs et secrétaires généraux des colonies, inspecteurs des colonies ;
4° Membres des corps enseignants ;
5° Officiers des Armées de terre, de Mer et de l'Air ;
6° Administrateurs, directeurs, secrétaires généraux dans les entreprises bénéficiaires de concessions ou de subventions accordées par une collectivité publique, postes à la nomination du Gouvernement dans les entreprises d'intérêt général.
Art. 3 - L'accès et l'exercice de toutes les fonctions publiques autres que celles énumérées à l'art. 2 ne sont ouverts aux Juifs que s'ils peuvent exciper de l'une des conditions suivantes :
a. Être titulaire de la Carte de combattant 1914-1918 ou avoir été cité au cours de la campagne 1914-1918 ;
b. Avoir été cité, à l'ordre du jour au cours de la campagne 1939- 1940 ;
c. Être décoré de la légion d'honneur à titre militaire ou de la Médaille militaire.
Art. 4. – L'accès et l'exercice des professions libérales, des professions libres, des fonctions dévolues aux officiers ministériels et à tous auxiliaires de la justice sont permis aux juifs, à moins que des règlements d'administration publique n'aient fixé pour eux une proportion déterminée. Dans ce cas, les mêmes règlements détermineront les conditions dans lesquelles aura lieu l'élimination des juifs en surnombre.
Art. 5. – Les juifs ne pourront, sans condition ni réserve, exercer l'une quelconque des professions suivantes :
Directeurs, gérants, rédacteurs de journaux, revues, agences ou périodiques, à l'exception de publications de caractère strictement scientifique. Directeurs, administrateurs, gérants d'entreprises ayant pour objet la fabrication, l'impression, la distribution, la présentation de films cinématographiques; metteurs en scène et directeurs de prises de vues, compositeurs de scénarios, directeurs, administrateurs, gérants de salles de théâtres ou de cinématographie, entrepreneurs de spectacles, directeurs, administrateurs, gérants de toutes entreprises se rapportant à la radiodiffusion. Des règlements d'administration publique fixeront, pour chaque catégorie, les conditions dans lesquelles les autorités publiques pourront s'assurer du respect, par les intéressés, des interdictions prononcées au présent article, ainsi que les sanctions attachées à ces interdictions.
Art. 6. – En aucun cas, les juifs ne peuvent faire partie des organismes chargés de représenter les progressions visées aux articles 4 et 5 de la présente loi ou d'en assurer la discipline.
Art. 7 - Les fonctionnaires juifs visés aux articles 2 et 3 cesseront d'exercer leurs fonctions dans les deux mois qui suivront la promulgation de la présente loi. Ils seront admis à faire valoir leurs droits à la retraite, s'ils remplissent les conditions de durée de service ; à une retraite proportionnelle, s'ils ont au moins quinze ans de service ; ceux ne pouvant exciper d'aucune de ces conditions recevront leur traitement pendant une durée qui sera fixée, pour chaque catégorie, par un règlement d'administration publique.
Art. 8 - Par décret individuel pris en Conseil d'État et dûment motivé, les Juifs qui, dans les domaines littéraires, scientifiques, artistique ont rendu des services exceptionnels à l'Etat français, pourront être relevés des interdictions prévues par la présente loi.
Ces décrets et les motifs qui les justifient seront publiés au Journal Officiel.
Art. 9. – La présente loi est applicable à l'Algérie, aux colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat.
Art. 10. – Le présent acte sera publié au Journal officiel et exécuté comme loi de l'État.
Fait à Vichy, le 3 octobre 1940.
Ph. Pétain.
Par le Maréchal de France, chef de l'État français :
Le vice-président du conseil, Pierre LAVAL. [etc.]
Occupation et collaboration
La Lorraine connaît donc une situation particulière (cf carte ci-dessus) car la Moselle intègre le IIIème Reich, entraînant un processus de germanisation, tandis que les trois autres départements, Meurthe-et-Moselle, Meuse et Vosges sont sous l’occupation Allemande, soumis au statut de « zone réservée ou interdite » car frontalière . Les Allemands la qualifie de « zone verte », les Lorrains la nomme « la zone rouge ».
Ainsi, à partir de l’été 1940, les Français sont sous l’autorité des Nazis ou du régime de Vichy, « collaborateur ». La poignée de main échangée entre Hitler et Pétain à Montoire le 24 octobre 1940 marque les débuts de la coopération. Dès lors un grand nombre de personnes sont « persécutées et pourchassés » en France tels que les juifs suite à la mise en place du statut des juifs les 3 et 4 octobre 1940, les prisonniers de guerre évadés, les résistants, les réfractaires au S.T.O (Service du Travail Obligatoire) instauré en 1942, les communistes, les aviateurs alliés… En Alsace-Moselle, la jeunesse masculine est incorporée dans l’armée allemande (« Malgré-nous ») ce qui explique qu’un grand nombre tentent de s’y soustraire afin de ne pas connaître le front russe au service des nazis ! L’aide individuelle ou collective à toutes ces personnes peut donc être qualifiée d’acte de résistance quelque soit la forme : passage d’une frontière, cache, fourniture de faux-papiers ….
Introduction
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"L'aide aux personnes persécutées et pourchassées en France pendant la Seconde Guerre mondiale : une forme de résistance"
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La France occupée
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Suite à la déclaration de guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, débute la "drôle de guerre" pour la France. En effet l'armée française attend l'arrivée des troupes allemandes sur la ligne Maginot pendant plusieurs mois . En mai 1940, l'armée allemande passe par les Ardennes belges et envahit la France qui est vaincue au bout de quelques semaines : "la débâcle" ! L’armistice du 22 juin 1940, signée à Rethondes, divise la France en plusieurs zones (cf carte ci-dessous) :
- la zone occupée : Elle se situe au Nord et à l'Ouest sous la direction du Haut commandement allemand basé à Paris.
- la zone libre jusque novembre 1942 : Elle se situe au Sud-Est sous l'autorité du régime de Vichy qui est devenue la capitale.
- l’Alsace-Moselle : Elle est annexée par l'Allemagne, retrouvant ainsi la situation de 1870-1918.
- l‘extrême Nord : Il est rattaché au Haut commandement allemand de Bruxelles en Belgique.
- l’Est Alpin : Il se trouve sous commandement italien

Carte réalisée par Jocelyne/Jean-Pierre Husson et Liliane Heurtefeu pour le manuel de Terminale des Editions Bréal, 1998
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