Hitler, le 25 septembre 1940, avait donné l’ordre au Gauleiter Joseph Burckel de totalement germaniser la Moselle en l’espace de 10 ans. Suite à cette ordre, toute une série de mesures fut prise afin de germaniser la Moselle. Les timbres-postes français n’ont plus cours, la monnaie française est supprimée, le français est interdit ! Le Gauleiter prend une première mesure très impopulaire , celle contenue dans l’ordonnance n°283 du 23 avril 1941 qui indique que tous les Lorrains hommes ou femmes, entre dix-sept et vingt-ans, peuvent être incorporés dans le service du travail du Reich. Ce service consiste à travailler et à recevoir une formation nationale-socialiste. Les garçons nés en 1922 passent le conseil de révision en juillet, les jeunes filles nées en 1923 en septembre mais aussi aux mois d’octobre et de novembre, tous prennent le chemin du Reich pour six mois. D’autres classes suivent le même parcours. Suite à cette ordonnance, de premiers réfractaires arrivent alors sur la frontière. L’ordonnance du 19 août 1942 crée un nouveau flux et de nouvelles catégories de fugitifs. Cette ordonnance consiste à introduire le service militaire obligatoire dans la Wehrmacht. Les réfractaires veulent se soustraire à cette incorporation de force et des déserteurs refusent de rejoindre leur régiment ou de retourner sur le front à l’issue d’une permission. Pour échapper à ces ordonnances toutes sortes de moyens furent mis en place comme l’attestent de nombreux exemples :
- Roger Guth aidé par un conducteur de train, Joseph Gruner et un passeur, Raymond :
Roger Guth est un Thionvillois qui choisit de ne pas rester dans sa ville qu’il estime « dénaturée » depuis son annexion . Grâce à son père, il a la possibilité de passer la frontière entre Moselle et Meurthe-et-Moselle car son père connaît un conducteur de locomotive, Joseph Gruner. Ce dernier dirige des convois de part et d’autre de la frontière. Il accepte de le passer en juin 1941. Arrivée à la nouvelle frontière de Novéant, la police le prend pour un véritable chauffeur. Grâce a cela il a pu rejoindre Nancy où un passeur l’attend , pour le confier à un guichetier de la gare. Avec la photo qu’on lui a demandé d’emporter avant le départ, il obtient une carte d’identité qui indique que son domicile est à Bourg-en-Bresse. Finalement il est démasqué suite à un contrôle de papiers par les Allemands et arrêté pour avoir quitté la Moselle. Il finit par purger sa peine à la prison de Thionville. A sa libération, il ne retrouve pas son travail à la Mairie de Thionville. Roger Guth décide une nouvelle fois de passer la frontière le 19 avril 1943 suite à l’incorporation de force de sa classe d’âge. L’itinéraire de son passeur, Raymond, est différent. Il a d’abord rendez vous à une auberge de la Guinguette près du stade de Gentrange . IL s’y rend à bicyclette, munis d’un sac contenant le minimum nécessaire. Puis de nuit c’est le départ de la forêt de Moyeuvre. Il marche en silence derrière son passeur avec une certaine appréhension car il est conscient du risque que représente sa désertion en cas d’arrestation. Il arrive à Joeuf-Homécourt , en zone rouge. De là, il part en bus pour la gare de Nancy où on lui donne les recommandations nécessaires pour le passage de la ligne de démarcation. Cette fois –ci la chance est avec lui, il franchit sans encombre cette fameuse ligne qui lui rappelait de mauvais souvenir.
- André Jacob aidé par Monsieur Seiffert, ingénieur des ponts et chaussées :
André Jacob né en 1924 dans la ferme familiale située à Grigy près de Metz attend avec ses parents, comme d’autres familles, le « bus de l’expulsion » en novembre 1940. Finalement sa famille décide de rester en Moselle. André Jacob organise son passage à la frontière afin d’échapper à l’ « Arbeidienst » où il est affecté à Trèves. Il passe la frontière dans un coffre sous le siège du véhicule de M.Seiffet. C’est un ami de son père, qui s’occupait de l’entretien des routes entre Verny et Nomeny. Grâce à cela il possède un « ausweis », ce qui lui permet de passer la frontière. André Jacob passe la frontière sous forme de fœtus, comme beaucoup d’autres. Apres cette traversée, il se trouve dans la cour d’un café de Nomeny. Là, une jeune fille l’accueille et l’emmène derrière le bistrot où elle lui remet une fasse carte d’identité avec le cachet de la préfecture de Nancy. Apres tout cela il prend un autobus à Nancy puis un train pour pouvoir rejoindre la Meuse pour aller s’abriter chez son oncle qui était percepteur.
-Robert Nassoy et Jean Guépratte aidés par Mlle Goehl de Novéant :
Jean Guépratte et Robert Nassoy passent la frontière de Novéant en direction d’Arnaville par la colline, habillés en bleu de travail et guidés par Mlle Goehl qui les a hébérgé. Ensuite, ils rejoignent Nancy puis ils sont partis pour Paris chez le cousin de Robert avec de faux papier puis dans le Morbihan. Robert y reste à peu près 1 an où il exerce le métier d’aide-infirmier dans un hôpital de la ville. Il rejoint par la suite le maquis du Vercors où il réussit à échapper à la répression allemande de juillet 1914. Enfin il participe à la libération de Romans et s’engage dans la 1er armée française pour faire la bataille de France. En janvier 1945, il s’engage dans l’armée américaine.
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